Café Mémoire du 19 Avril 2024

Pour ce 62ème Café Mémoire nous avions le plaisir de retrouver Mélanie BIENFAIT, guide conférencière passionnée d’histoire antique qui nous avait déjà emmenés chez les Romains pour y découvrir les rites et coutumes de la cuisine romaine.
Le temps encore très capricieux avait cependant permis à notre décoratrice Michèle de glaner, dans son jardin, de quoi composer un magnifique bouquet, qui installé à l’entrée souhaitait la bienvenue aux invités. Le public était lui aussi impatient de ses retrouvailles, puisqu’une cinquantaine de réservations furent enregistrées, complétées d’une dizaine d’auditeurs venus partager ce voyage à travers la Provence et y découvrir ses trésors architecturaux.

Le repas fut, comme d’habitude l’occasion, de se retrouver par affinités et aussi d’accueillir les nouveaux venus qui, découvrant la formule originale du plateau « pré-conférence « , la trouvèrent très conviviale. Tout au long du repas l’équipe resta vigilante auprès des convives pour s’assurer que rien ne manque et qu’ils passent un agréable moment. Notre guide arriva au moment où les derniers cafés se dégustaient et eut le temps, avant de s’installer, de découvrir avec beaucoup de plaisir le délicat bouquet posé sur le coin de sa table, et ne manqua de le signaler dans la dédicace traditionnelle qu’elle fit volontiers, au bas de l’affiche.
Il était temps de rejoindre « l’espace cinéma ». Après l’intervention pétillante de notre présentatrice Françoise pour présenter notre guide à ceux qui ne la connaissaient pas encore, l’assistance partit avec Mélanie Bienfait à la découverte du patrimoine roman de la Provence.


Certes, nous avons tous en tête les grands trésors incontournables de notre région : l’abbaye de Sénanque, la cathédrale St-Trophime et l’abbaye de Montmajour à Arles, Notre Dame des Doms à Avignon, la chapelle Saint Sixte d’Eygalières, images iconiques de la Provence et l’art roman …Mais sans doute chacun devait-il avoir en tête le charme de quelques trésors d’architecture découverts au cours d’une randonnée : églises de village, chapelle perdue dans un écrin de verdure, ermitage, prieuré abandonné…
Nous le savions, Mélanie Bienfait n’allait pas se contenter de son rôle de conférencière, elle allait user de ses talents de guide et de conteuse pour nous les faire découvrir…

Ces édifices, modestes ou fiers, simples ou monumentaux, méconnus ou renommés, témoignent de la piété d’une époque mais aussi des talents de ses bâtisseurs.
Ils datent d’une époque qui démarre au Xème siècle (quand, selon l’expression d’un moine clunisien : » l’Europe s’est couverte d’un blanc manteau d’églises ») et se poursuit jusqu’au XIIème siècle et même bien au-delà. Cette période se caractérise par l’organisation des paroisses, l’influence des abbayes qui font bâtir partout dans les villages, autour des cimetières et même à l’intérieur comme la chapelle Ste Croix construite par les moines de l’abbaye St-Victor de Marseille. Cette frénésie de construction a permis l’émergence d’un style nouveau, simple, sobre, humble même, mais néanmoins audacieux qui retient l’attention par l’équilibre de ses volumes et l’impression de grande solidité qui s’en dégage. Et pourtant, il faudra attendre le XIXème siècle, avec Mérimée (inspecteur général des monuments historiques), pour que ce patrimoine gagne enfin ses lettres de noblesse.


Qui étaient les hommes qui bâtissaient, tailleurs de pierre, appareilleurs, maîtres d’œuvre ? Des artistes, des tâcherons dont certains ont laissé à la postérité leur marque sur la pierre, notamment un certain VGO qui a laissé sa « signature » sur plusieurs édifices de la région dont Notre Dame d’Aubune de Beaumes-de-Venise la cathédrale N.D. de Nazareth de Vaison la Romaine.

Le qualificatif de « roman » accolé à ce style d’architecture vient bien entendu de romain. Partout, de nombreux emprunts ont été faits au monde antique, à commencer par l’arc en plein cintre utilisé autrefois dans les thermes. La voûte romane « en berceau » reposant sur des murs nécessairement épais, avec peu d’ouvertures est un oint commun essentiel à toutes les constructions de ce type. Cependant, de nombreux édifices de notre région présentent une austérité et une sobriété qui contrastent avec une certaine exubérance que l’on peut trouver dans d’autres régions de France. L’art roman de Provence a des spécificités propres liées à plusieurs facteurs :

– les ressources locales : En Provence, le matériau de construction utilisé est exclusivement la pierre locale – le calcaire de Provence – ce qui contribue à une apparence robuste. A noter même l’absence de charpente en bois).
– le climat : les bâtisseurs des églises romanes ont dû tenu compte du soleil et du vent. Si les édifices accueillent autant que possible la lumière, il fallait réduire l’impact du mistral en limitant les ouvertures sur les façades exposées
– une profonde influence culturelle antique : notre région, qui fut colonie romaine bien avant le reste de la France compte des monuments romains majeurs (théâtres, amphithéâtres, arc de triomphe) répartis entre Orange Glanum, Arles, Nîmes qui ont servi d’inspiration esthétique et technique aux artistes.

On retrouve partout ces décors d’inspiration antique: portails évoquant un arc de triomphe, porches situés sous de hautes arcatures, frontons triangulaires, colonnes cannelées, chapiteaux corinthiens à feuilles d’acanthe, frises…
Sous certains édifices dorment les ruines de constructions antérieures dont certaines parties ont été utilisées en réemploi. A Vaison la Romaine, il est possible de s’aventurer dans les méandres de l’histoire des lieux. La cathédrales ND de Nazareth a été construite sur les soubassements d’une église paléochrétienne. Dans le cloître attenant on peut découvrir un sarcophage de marbre datant du Vème siècle.
Notre guide nous invite ensuite à observer la dextérité des sculpteurs.Les tracés des frises, réalisés tout en finesse font vivre la pierre au gré de la lumière. Quant aux décors historiés que l’on trouve sur certains chapiteaux et quelques rares tympans, ils évoquent des scènes bibliques et constituent des images animées pour les fidèles, à une époque où bien peu de personnes avaient l’accès à la lecture. Parmi les portails les plus travaillés, celui de la cathédrale Saint Trophime d’Arles occupe une place majeure dans la sculpture romane.
Une iconographie très variée. Bien sûr, la sculpture trouvait aussi son inspiration dans le monde mythologique (tel ce chapiteau qui semble faire référence à Hercule ouvrant la gueule du lion de Némée) et autres divers cultes pré-chrétiens, mais également dans le bestiaire des croyances médiévales.
Enfin – et il y a là de quoi surprendre – elle nous fait découvrir quelques représentations étonnamment naïves, d’une grande maladresse, disproportionnées, parfois irrévérencieuses même…
Un art qui a longtemps résisté en Provence. Il est à noter que les constructions gothiques qui remplaceront peu à peu les églises romanes durant le XIIIème siècle dans la France méridionale n’auront pas prise dans notre région, tant pour des raisons culturelles que climatiques. On a construit le roman jusqu’à la fin du XVème siècle.
Mélanie Bienfait conclut sa conférence par la phrase de Georges Duby : » L’art n’a d’autre fonction que d’offrir à Dieu les richesses du monde visible « . Considérons que l’art s’offre aussi à nos yeux émerveillés le talent de ces hommes qui nous ont laissé toutes ces richesses ! Les applaudissements ont été à la hauteur de cette belle prestation de Mélanie Bienfait qui, une nouvelle fois, nous a enchantés.

Et si l’on prolongeait cette belle conférence dans le plaisir ?


A l’approche de l’été, de belles découvertes peuvent se programmer. Au cours de ce périple sur les traces de l’art roman, Mélanie Bienfait n’a pas manqué de nous suggérer quelques lieux charmants propices à une belle excursion estivale. En voulez-vous un ? La chapelle du Val des Nymphes dans la Drôme à La Garde Adhémar : un îlot de fraîcheur, près d’une source mystérieuse…
Près de chez nous ? Notre Dame du Lac du Thor en bord de Sorgue, les églises de Fontaine-de-Vaucluse et de Pernes les Fontaines, le célèbre cloître de Sénanque ou celui bien méconnu de cloître de la cathédrale Saint-Véran de Cavaillon…
– Une lecture :

Rappelons que notre association a édité un roman historique très documenté sur cette époque de construction des églises romanes dans notre région : « Ugo ou la mémoire des pierres » de Philippe Jean Coulomb. A partir de marques lapidaires, l’’auteur image la vie d’un bâtisseur : il s’agit justement de… VGO (Ugo), dont nous a justement par Madame Bienfait.
Pour l’heure, nous vous attendons nombreux le 8 Mai, où l’association sera présente dans le cadre de LA FÊTE DE LA FRAISE. Notre stand se tiendra près de la place de la mairie et sera consacré aux différents albums photos classes, et familles anciennes de Velleron) ainsi qu’aux différentes éditions de l’association.
A très bientôt le plaisir de se revoir (m.K-mc.B) !