Café Mémoire du 11 octobre 2024 : « La Vénus de Gordes »
C’est ce 63ème Café Mémoire qui termine le cycle 2024, à travers cette affaire, qui au 19ème siècle passionna la Provence, mais aussi la France entière, et qui ce soir passionna l’auditoire Velleronnais venu nombreux.
Comme à chacun de ces rendez-vous, nous eûmes le plaisir d’accueillir une cinquantaine de convives, qui avaient fait le choix de partager, avant la conférence, un repas froid dans une ambiance chaleureuse. Cette formule originale et conviviale proposée depuis la création de ces soirées conférences en 2006, continue d’être très appréciée.


Pendant que les derniers cafés se dégustaient à table, une dizaine d’auditeurs venus pour la conférence seule, furent accueillis, dans l’espace cinéma, et purent selon leur choix, apprécier la petite douceur qui leur était proposée (thé, café, tisane, petits chocolats) pour les faire patienter, et permettre à tout le monde de venir s’installer et accueillir avec impatience notre conférencière …
Cathy MIFSUD, notre conférencière, nous entraîne à Gordes, un siècle et demi en arrière, au temps où le petit village, terre de pierre sèche et de tradition agricole, menait une vie tranquille au rythme des saisons et des coutumes provençales.

En ce soir du 24 décembre 1861, juste après le gros souper de Noël, un respectable paysan très apprécié est tué de deux coups de fusil dans la cour de sa ferme de la Bastide-Neuve, au bas du village.

Voilà une affaire criminelle qui va connaître un immense retentissement dans la France entière. Très vite, des écrivains imaginent bien que cette histoire se prête à l’écriture d’une version romanesque. Une nouvelle écrite par Adolphe Belot et Ernest Daudet (le frère aîné d’Alphonse) paraît dans le Figaro, sous forme de feuilleton, avant de devenir un roman : « la Vénus de Gordes ».

C’est sous cette appellation, symbole de beauté et d’amour, que la belle et orgueilleuse Fortunée, veuve du défunt, est retenue dans la mémoire collective.
Bien sûr, Cathy MIFSUD connaît le sujet depuis son enfance. Mais il lui fallait démêler le vrai du faux, distinguer la vérité historique de l’inspiration romanesque. Elle s’est donc rendue dans différents centres d’archives (Archives Départementales du Vaucluse, de l’Outre-Mer à Aix-en-Provence, de la Défense à Toulon…)
Ce soir, elle nous reconstitue cette affaire, à la manière d’une enquête judiciaire : arrestation, instruction, procès, verdict, incarcérations, tout est reconstitué grâce à ses minutieuses recherches.
Le jour même des obsèques du malheureux Théophile Auphan, l’abbé Isnard, curé de Gordes – sorte de Don Camillo omniprésent dans la vie de ses paroissiens – dénonce sans détour une liaison adultère ! Autant dire que l’enquête est rondement menée : le suspect est arrêté : il s’agit d’un maquignon à la moralité douteuse, François Denante, l’amant de Fortunée. Il passe vite aux aveux, tout en chargeant, preuves à l’appui, sa maîtresse qui n’a eu de cesse de vouloir supprimer les obstacles à son nouveau bonheur depuis qu’ils se sont rencontrés. Elle le pressait d’éliminer son mari, qu’elle a tenté d’empoisonner avec des produits toxiques dans la nourriture. Celui-ci rencontrait des problèmes de santé mais résistait. Alors c’est elle qui a apporté la poudre pour charger le fusil de son amant.

Ce sont donc les deux anciens amants qui sont arrêtés. Désormais chacun d’eux, dans le désir désespéré de minimiser sa responsabilité va accabler l’autre. Ils sont placés à Apt dans l’attente du procès. C’est là, en détention à l’Hospice, que Fortunée donne naissance à une petite fille qui ne vivra que quelques mois.
Le procès s’ouvre en mai 1862 devant la Cour d’Assise de Carpentras.

La réquisition est implacable : les deux sont coupables, la mort est demandée. Cependant, les deux défenseurs, sortes d’avocats des causes désespérées, font une brillante plaidoirie qui permet aux coupables d’échapper à la peine de mort. La condamnation est la même : les travaux forcés à perpétuité. Ils connaissent une terrible fin.
Fortunée est transférée à Montpellier durant trois ans, avant d’être envoyée bien loin, dans un bagne colonial, en Guyane. Des conditions difficiles qui auront raison de sa santé. Elle décède d’une mauvaise fièvre, à l’âge de 36 ans.
François Denante, lui, est envoyé au bagne de Toulon. Il s’évade, est rattrapé, puis il est transféré, lui aussi au bagne en Guyane, dont il s’évade en 1868. Sa mort n’a jamais été actée, son corps n’a jamais été retrouvé.
L’assistance a suivi avec un grand intérêt ce drame qui a fait le malheur de deux familles, et des applaudissemts chaleureux saluèrent Cathy Mitsud au terme de sa conférence.
A Gordes, la tentation de changer le cours de ce drame a toujours été grande. L’imagination a travaillé : ils auraient pu se retrouver au bagne en Guyane, ils auraient eu un garçon, celui-ci aurait été cafetier Gordes, bien sûr, TOUT EST FAUX.

On peut s’interroger sur ce qui a suscité autant d’intérêt pour cette affaire meurtrière et sa version romanesque : d’abord, sans doute la date et le lieu de l’acte fatal : un soir de Noël dans un village provençal, (tout un symbole !) mais surtout le côté sulfureux de l’histoire, la charge dramatique de faits, des personnalités marquantes, notamment la femme infidèle, manipulatrice, qui pense trouver un nouveau départ auprès d’un autre, elle qui a vu disparaître ses illusions dans sa vie conjugale, elle a perdu deux petites filles, emportées à l’âge de neuf mois…
Pour prolonger la conférence, revenons au récit romanesque

Il est un immense écrivain à qui cette histoire a inspiré l’un de ses premiers romans, publié en 1867 : c’est Emile Zola avec Thérèse Raquin.
Alors, n’hésitez pas à redécouvrir comment Zola a transposé l’histoire :de la fougueuse Thérèse et de son amant Laurent, à Paris, comment il a imaginé un autre dénouement …dramatique, lui aussi.
Rappelons la suite de la programmation de Velleron Culture & Patrimoine : le samedi 9 novembre, en partenariat avec Les Chevaliers de l’Onde, nous proposerons dans l’après-midi un moment bien sympathique avec le conteur Gilbert CHIRON. Pour nous raconter des histoires de Provence, il s’inspirera de DAUDET : décidément, encore un DAUDET, mais cette fois ce sera le Grand Alphonse !
Nous vous attendons nombreux pour ce petit voyage Provençal (ne manquez pas de vous inscrire)
A très bientôt. m.K-mc.B