
Café Mémoire du 16 Mai 2025
Quand Pétrarque escaladait le Mont Ventoux… par Bernard Mondon

Nous avions très envie de clôturer le premier semestre des Cafés Mémoire par une soirée un peu surprenante, comme sait nous les offrir ce fidèle conférencier, journaliste, écrivain, directeur des Carnets du Ventoux, venu plusieurs fois nous faire partager sa passion pour le géant de Provence.
Pour ce rendez-vous amical, la salle décorée aux couleurs de la nature en fleurs, (roses des jardins et



genêts de la montagnette), accueillit une cinquantaine d’invités qui avaient fait la réservation d’un plateau-repas, complétée d’une dizaine d’auditeurs venus entendre la conférence seule.
Quel plaisir de présenter une nouvelle fois un conférencier passionné qui sait nous emporter dans la passion qu’il voue à la Provence dans son ensemble, et au Ventoux en particulier. Ce soir Bernard MONDON allait nous faire vivre l’ascension du géant de Provence par le grand poète florentin François Pétrarque. Il est à noter qu’aucun support visuel n’avait été envisagé : la précision et la fougue du discours suffisant amplement à captiver l’auditoire.



L’assistance l’avait bien mesuré : cette ascension qui nous était présentée revêtait un caractère exceptionnel à plus d’un titre, à commencer par l’époque : au XIVème, le Ventoux n’était pas exploré, il s’observait d’en bas. Pas de sentiers : l’expédition représentait donc une audace extrême.Mais surtout, pour Pétrarque, l’ascension fut bien plus qu’une épreuve physique : elle se chargeait d’une dimension profondément spirituelle.

Pour nous permettre de comprendre les motivations de cette singulière épreuve que Pétrarque s’imposait, Bernard Mondon commença par évoquer sa jeunesse. C’est d’abord en 1312 l’exil d’une famille toscane déterminée à s’éloigner des rivalités féroces qui sévissaient à Florence, le refuge à Avignon en train de devenir la Capitale de la Chrétienté, l’hébergement à Carpentras (avec déjà pour le petit Francesco la fascination pour le Ventoux et la Fontaine de Vaucluse), des études de droit à Montpellier, puis à Bologne, pour obéir à la volonté d’un père notaire … Mais au lieu de se livrer à l’étude du droit qui laissait entrevoir une profession lucrative, Pétrarque préférait lire en secret les belles-lettres de l’Antiquité grecque et romaine. Déjà apparaissait le goût pour l’écriture, le désir de concilier le patrimoine antique et l’esprit religieux, de créer un pont entre les mondes médiéval et antique, annonçant ainsi l’avènement de la Renaissance.

En 1326, il rentra à Avignon, et son père étant décédé, il abandonna définitivement les études de droit. Mais Avignon qui attirait les dignitaires et les érudits de toute l’Europe, offrait de grandes opportunités aux jeunes gens de son rang et milieu. C’est en entrant dans les « ordres mineurs » (sans ordination) qu’il put assurer son existence matérielle et s’introduire dans la haute société, approfondir sa culture par des études infatigables. Son engagement était plus intellectuel que purement religieux. Pour preuve : une rencontre le 6 avril 1337 qui marqua à jamais sa vie d’homme et de poète : il s’agit de Laure de Noves, épouse de Hugues de Sade, qui lui inspira une passion folle. Amour éternel amour impossible, mais la dame restera à jamais sa muse.
Le voilà sous la protection d’un cardinal membre d’une puissante famille italienne. Il profita de ce mécénat qui lui permit de partir à la découverte de différentes bibliothèques en Europe.
Pourtant, au terme de dix années de voyages, à 32 ans, Pétrarque est devenu un homme tourmenté, écartelé entre les plaisirs d’une vie de dandy voyageur happé par les plaisirs terrestres, et de l’autre l’inquiétude de la fuite du temps, le problème de la destinée humaine, l’aspiration au paradis. C’est ainsi qu’après avoir lu le récit de l’ascension d’une montagne par l’antique roi Philippe de Macédoine, lui vient l’idée d’entreprendre l’escalade du Ventoux. Outre le plaisir de la découverte d’un « sommet que l’on voit de partout », l’expédition traduira sa propre volonté d’affronter l’épreuve, de dépasser ses limites… Il lui fallait un compagnon de route : il choisit son frère, Gérard ; et ils prirent deux domestiques pour les accompagner.

C’est le 26 avril 1336 qu’ils s’engagèrent à partir de Malaucène (lieu où séjourna régulièrement en été le pape Clément V près de la source de Groseau, le jardin des Délices.)

Dès son retour, épuisé, Pétrarque a relaté cette aventure dans une lettre adressée à son ami et directeur de conscience Dionigri dei Robert. Cette missive, dans laquelle s’unissent le réel et le symbolique, apparaît comme une confession d’un être vulnérable qui révèle sa double ascension : physique et intérieure, un chemin semé d’embûches constituées aussi bien de pentes caillouteuses que de passions refoulées, avec tantôt des doutes, tantôt des révélations qui le stimulent. La montée est une métaphore de l’élévation de l’âme. Un moment intense de sa vie d’homme.
Au cours de son magistral exposé, Bernard Mondon n’a pas manqué de citer des extraits particulièrement révélateurs d’un style d’écriture nouveau basé sur la subjectivité et l’introspection.

L’assistance, comblée, applaudit chaleureusement notre conférencier.
Puis, avant de se séparer, notre guide eut le plaisir de dédicacer quelques exemplaires de son dernier ouvrage : » Le Ventoux versant littéraire » qu’il était venu nous présenter, au cours d’un Café Mémoire de février 2024.
Vous le savez, Pétrarque, ce très grand poète italien Pétrarque, précurseur de l’humanisme et de la Renaissance, fait partie de notre histoire locale. C’est à « Vaucluse », la Vallée Close, loin des mondanités, qu’il a trouvé sa « douce solitude ».
C’est là, qu’il a rédigé le « Canzoniere » chef-d’œuvre fondateur de la poésie lyrique européenne, où il mêle la passion pour Laure à son attirance pour la SORGUE. Sans jamais s’y installer complètement, il est revenu à plusieurs reprises à Vaucluse. Surtout, il l’a toujours gardé présent dans son imaginaire.

Alors, pourquoi ne pas remonter le temps et partir à la rencontre de Pétrarque en visitant ou revisitant le musée bibliothèque et son jardin ?
Quant à notre association, elle vous donne rendez-vous fin juin pour un pique-nique de clôture de la saison.
Au plaisir de se retrouver ! (m.k – mc.B)