La Tour Ferrande de Pernes-les-Fontaines

Pour ce deuxième Café Mémoire du cycle 2018, nous avions tenu compte des remarques et avis divers concernant la disposition de la salle afin que chacun puisse voir et entendre correctement, et cet essai fut largement approuvé. Cette soirée avait pour mission de dévoiler, à travers des détails peu connus un monument côtoyé chaque jour par beaucoup d’entre nous, et c’est en compagnie de John Turpin, chercheur inépuisable sur le sujet que la promenade jusqu’à Pernes les Fontaines se fit en compagnie d’un public attentif et curieux ! John Turpin a commencé par évoquer l’image et la description de la tour données sur internet et dans les guides touristiques. Cet exposé a permis de nous rendre compte qu’en l’absence de documents anciens sur la tour, de nombreuses hypothèses peuvent vite se transformer en affirmations. Ce qui amène une certaine confusion dans l’esprit du grand public (lire la suite …).

Après un diaporama savamment organisé et commenté, les dernières questions vinrent mettre un terme à cette soirée, qui a permis de découvrir « La Tour », comme beaucoup la nomment, sous un autre angle.

La tour fut achetée par les Monuments Historiques en 1885, principalement pour ses peintures du troisième niveau.

Jusqu’à présent, les historiens nous ont raconté à travers les peintures de la tour Ferrande les conquêtes de la Sicile par Charles d’Anjou. Au vu de la richesse iconographique de la Tour, le conférencier évoque des origines plus anciennes du conflit. Les scènes peintes, seraient selon lui le reflet de préoccupations politiques religieuses et sociales de l’époque.

A travers l’exemple d’une scène représentant « un palefrenier ou écuyer des rois mages » John Turpin expose son interprétation à travers la Symbolique et l’Allégorie. Ces figures de style qui sont selon lui, une manière intéressante d’expliquer et d’interpréter des scènes qui ne peuvent pas toujours s’expliquer de manière rationnelle.

De même que pour les représentations de peintures de « La Donation de Constantin » qui se trouve dans la Basilique des quatre saints couronnés, à Rome, il nous permet de remonter sur les origines du conflit entre la papauté et le Saint empire germanique. Cette Donation de Constantin, aurait servi à légitimer et à montrer la suprématie de l’Eglise sur son rival de toujours : le Saint Empire germanique. Ces origines nous permettent de faire le lien avec les batailles évoquées de la Tour Ferrande opposant Charles d’Anjou, « le bras armé » de la papauté contre Manfred et Conradin de Hohenstaufen, derniers descendants de cette famille.

La dernière partie de la conférence fut consacrée à l’observation et l’analyse de la cuve la tour et qui n’est pas accessible au public.

Elle fut mise à jour en 2011 par le service d’Archéologie du Vaucluse, à l’initiative de la Mairie de Pernes. Cette cuve a été notifiée « cuve vinaire « 

( cuve à vin ) par l’archéologue François Guyonnet. A travers une série de représentations de cuves vinaires similaires, de toutes époques, John Turpin a expliqué l’usage et la fonction même d’une cuve vinaire.

Compte tenu de sa démonstration et de ses observations, nous ne pouvons que constater la complexité de cette cuve qu’il a comparée à des Enfeus superposés.

C’est ce qui correspond, selon lui, à la définition de la cuve de la tour Ferrande. En effet, la cuve se trouve insérée dans le mur nord de fondation de la tour et est séparée dans sa partie médiane par une dalle calcaire horizontale.

En conclusion : Pendant que certains historiens parlent de la possibilité de lieu d’archives pour les hospitaliers de l’ordre de St Jean, John Turpin évoque lui, l’hypothèse possible d’une tour symbolique, en se référant à une illustration du livre du médiéviste Jacques Legoff : « Le XIII ème siècle l’apogée de la chrétienté « , qui reprend l’épisode du livre d’Agée invitant à la reconstruction du temple de Jérusalem.

On pourrait parler alors, d’une Tour-Echelle, bâtiment dressé vers le ciel représentant ainsi l’allégorie d’une Eglise Unifiée …

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