Promenade en Pays Cathare

Vendredi 11 octobre 2019

55ème Café Mémoire

Promenade en pays cathare par Jean Ronze

 

Pour ce dernier café mémoire de l’année, 45 personnes étaient partantes pour cette belle promenade en Pays cathare que nous proposait Jean Ronze. Une quinzaine d’autres se sont jointes après le repas.

Alain Caulet a usé de tout son esprit malicieux pour présenter ce conférencier qui n’a plus besoin de l’être !

Après le temps agréable du repas où l’on prend plaisir à se retrouver, Jean Ronze nous entraîna dans le Languedoc sur la trace de l’hérésie cathare. Cette déviance du dogme catholique qui s’est répandue sur tout le Comté de Toulouse d’Agen à Béziers, d’Albi aux Pyrénées  constitue une composante forte dans l’identité régionale occitane.  Dans ce vastes territoire, perchées sur des éperons rocheux, d’impressionnantes citadelles rappellent un passé tourmenté, mais sont improprement appelés châteaux cathares. En réalité, les Cathares n’y ont pas vécu, tout au plus s’y sont-ils réfugiés au plus fort de la lutte. A l’époque, ces castrums féodaux étaient des constructions bien plus modestes. C’est bien plus tard, à la fin du XIIIème siècle et au XIVème siècle que le pouvoir royal en fera de puissantes forteresses protégeant la frontière sud de son domaine face au puissant royaume d’Aragon.

Les cathares, qui se nommaient « Bons Hommes » et « Bonnes Femmes » voulaient simplement revenir à L’Eglise des apôtres et vivre comme les premiers Chrétiens, mais ils représentaient une menace pour l’Eglise. Celle-ci était pourtant responsable de la situation, puisqu’elle était incapable de corriger les excès dans lesquels elle était tombée. En effet, les Cathares reprochaient au pape et au clergé leur opulence et leur corruption. Ils rejetaient les rites de la religion catholique. Le consolament était le seul sacrement des Cathares, et ils ne le pratiquaient qu’avec parcimonie lors de l’élévation d’un croyant au rang de « Parfait » ; il était plus souvent administré au mourant. D’une façon plus générale c’est toute l’autorité religieuse et politique qui était mise en question puisque les cathares récusaient le pape, refusaient le mariage, prônaient la chasteté, contestaient les droits féodaux des seigneurs. Ils trouvaient une bonne écoute chez les petits seigneurs et la bourgeoisie, mais aussi chez les petites gens. Au début du XIIIème siècle, on comptait plusieurs églises cathares : Albi, Toulouse, Carcassonne, Agen.

Depuis leur installation au XIIème siècle, leur influence grandissante finit par alarmer les instances catholiques qui utilisèrent tous les moyens pour éradiquer l’hérésie. On essaya d’abord de convaincre, mais l’intervention des missionnaires des cisterciens et dominicains resta vaine. Alors on opta pour la répression. L’assassinat d’un légat du Pape Innocent III mit le feu aux poudres. Ce fut en 1208 le déclenchement d’une guerre qui va durer vingt ans : la croisade contre les Albigeois. De grands seigneurs et petits nobles du Nord dirigés par Simon de Montfort prirent la croix. Ce fut un combat sans merci, avec le sac de Béziers (20 000 morts), la prise de Carcassonne suivie par bien d’autres violences et exactions. « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens « , telles auraient été les paroles du chef de la croisade Arnaud Amaury lors de la prise de Béziers.

Bientôt on instaura l’Inquisition, ce tribunal d’exception confié aux Dominicains. La recherche des hérétiques a bafoué les règles les plus élémentaires des droits humains. Les Cathares se réfugièrent dans quelques places fortes haut perchées. C’est seulement en 1244 que capitule la forteresse de Montségur…  Et, la citadelle de Quéribus, ultime bastion aux mains des cathares, tombe en 1255.

Il aura donc fallu 50 ans pour que les autorités viennent à bout de l’hérésie cathare.

Derrière cette guerre religieuse c’était la lutte du pouvoir qui était en jeu.

Au nom de la foi, il y avait la conquête d’une terre. Bien des barons du Nord voyaient là le moyen de faire main basse sur des fiefs dont le seigneur était arrêté.

Quant au roi de France qui hésitait à s’impliquer au départ, il y vit bientôt le moyen de s’imposer au puissant comte de Toulouse et d’annexer ses terres.

En définitive, c’est la royauté qui tire le plus de bénéfices de ce conflit en renforçant son autorité dans le sud : le Languedoc entre dans les terres du domaine royal en 1271.

 

Quéribus

Les orgueilleuses silhouettes de pierre des châteaux, qui furent témoins de cette tragédie, donnent une dimension quasi théâtrale au paysage. Elles offrent un spectacle saisissant. D’en bas, elles se détachent dans le ciel et semblent faire corps avec la roche.

Peyrepertuse

D’en haut, elles révèlent un panorama époustouflant des Corbières jusqu’à la mer. Entre Peyrepertuse et Quéribus, le village de Cucugnan fait immanquablement penser au curé de Cucugnan, et c’est la Provence de Daudet qui s’invite un instant dans ce fabuleux pays cathare. Après la conférence de Jean, les questions fusèrent sur la croix cathare, les symboles et les couleurs de l’Occitanie…  Et bien sûr une autre hérésie fut évoquée : celle des Vaudois, qui subirent eux aussi de terribles persécutions, notamment dans le Luberon. La question de la comparaison entre Cathares et Vaudois fut naturellement soulevée. Cette curiosité sera sans aucun doute satisfaite lors d’un autre Café Mémoire : nous avons déjà un spécialiste du sujet !

                                                                                                                                                               A très bientôt ! mc-B

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